Crise du coronavirus, les conséquences économiques

Publié le 12/03/2020 (mis à jour le 03/04/2020)

La fédération des Services demande depuis plusieurs semaines des mesures qui préviennent les conséquences économiques et sociales des décisions prises pour contenir la pandémie du coronavirus.

 

Les secteurs les plus touchés sont l’industrie touristique et de loisirs (agences de voyage, hébergement et restauration, parcs, lieux culturels privés, etc.), l’événementiel (sport, loisirs et culture), l’aérien et le commerce de détail non alimentaire.

Il est évident que la limitation, voire l’arrêt, de l’activité de l’économie réelle aura des conséquences très graves.

Le président Macron devrait annoncer un train de mesures de sécurité ce soir jeudi 12 mars et peut-être un autre juste après le premier tour des élections municipales. On peut estimer que la France n’échappera pas à l’explosion de la pandémie et donc prendra des décisions lourdes : pensons à la fermeture des frontières décidée par plusieurs pays dont les États-Unis et plus près de nous l’Italie, la fermeture des lieux publics, privés collectifs, la réduction des transports, la fermeture d’établissements scolaires, le confinement des personnes âgées, etc.

S’ajoute à cette crise sanitaire une guerre du pétrole entre la Russie, l’Arabie saoudite et les États-Unis. L’effet dominos à l’inverse de la crise de 2008 sera dévastateur : baisse d’activité tant dans l’offre que dans la demande, crise financière et donc du financement des entreprises, crise d’investissement, puis le cercle vicieux se met en place. Les entreprises manqueront de trésorerie et ne seront plus financées, le chômage partiel et la formation des salariés ne suffiront pas, les entreprises pourraient alors mourir en quelques mois.

Autre élément enfin qui caractérise la crise actuelle : l’incertitude de sa durée. On ne sait pas dans combien de temps la pandémie prendra fin.

Ce scénario est probable et doit provoquer un électrochoc de la part de notre gouvernement et de ceux des autres pays européens. La réponse doit être coordonnée entre les pays les plus développés, comme en 2008. Les travailleurs doivent être à la fois protégés du virus et protégés dans leur emploi.

Pour ce qui est de nos secteurs, l’industrie du tourisme et des loisirs est dans la tourmente : annulation de voyages à court et moyen terme, report de séjours. Le printemps va être catastrophique et l’été s’annonce horrible si la pandémie persiste.

La pandémie étant mondiale et l’avenir très incertain, il n’y a pas de possibilité de se repositionner dans une région du monde, aucune n’est épargnée. C’est très différent des situations de crise habituelles qui sont localisées (guerre, catastrophe naturelle...).

Plusieurs entreprises du tourisme, majors des agences de voyage, ont d’ores et déjà annoncé du chômage partiel.

Le tissu économique de l’industrie du tourisme et des loisirs est constitué majoritairement de petites entreprises, pour une part saisonnières. Elles ne résisteront pas sans aide.

Nous attendons de la réunion extraordinaire du comité de filière du tourisme du 17 mars, auquel participe notre fédération, plus que des analyses, nous voulons des mesures de soutien aux entreprises et aux salariés.

Les saisonniers d’hiver vont s’inscrire à Pôle Emploi dans quelques semaines et apprendre qu’ils perdront plusieurs centaines d’euros par mois à cause du nouveau calcul de l’allocation chômage en vigueur au 1er avril. Les entreprises ne vont pas pouvoir leur faire des promesses d’embauche pour la saison d’été qui est compromise.

Les salariés en CDDU de l’hôtellerie-restauration (« contrat d’extra ») vivent et vont vivre la même expérience. Le basculement de ces salariés dans la précarité peut être évité si le gouvernement renonce à sa réforme du calcul de l’allocation chômage.

Le secteur des entreprises de services à la personne est aussi très touché par la crise du Coronavirus. En effet, les clients refusent que des salariés entrent chez eux. De plus, ceux-ci ne reçoivent pas d’équipement particulier du fait qu’il est réservé au personnel soignant. Les entreprises de services à la personne voient leur activité s’écrouler. Plusieurs gros acteurs du marché ont annoncé un gel des embauches et évoquent le chômage partiel.

Le commerce de détail non alimentaire est affecté indirectement. D’une part, les produits venant de Chine commencent à manquer alors que les chaînes logistiques d’approvisionnement reposent sur du flux tendu. Si des pays se ferment au reste du monde comme la Chine, les entrepôts vont être vides, puis les magasins, il y aura alors un recours massif au chômage partiel. D’autre part, la chute de la consommation due aux bouleversements de la vie quotidienne entraînera mécaniquement une baisse drastique du chiffre d’affaires. Le petit commerce ne va pas pouvoir résister s’il n’est pas soutenu par les banques qui elles-mêmes vont se retourner vers les pouvoirs publics.

Pour le moment, dans l’alimentaire, les chiffres d’affaires sont en forte hausse parce que les consommateurs font des stocks chez eux. Mais cela vise certains produits qui vont finir par manquer.

Les plans de continuité d’activité devront être établis dans les plus brefs délais en associant les représentants du personnel. Le dialogue social en entreprise ne pourra que préserver l’entreprise de la panique et de la désorganisation.

Nous attendons des responsables aux autres niveaux d’intervention qu’ils sortent de l’indécision et se coordonnent. L’Europe est une chance de ce point de vue si chaque pays joue la carte de la coopération, et plus largement au niveau du G7 il est nécessaire de s’adapter à la nouvelle situation qui visiblement n’avait pas été anticipée.

 International

Ailleurs dans le monde, la situation des travailleurs est pire que la nôtre. Dans de nombreux pays, il n’existe pas d’amortisseurs sociaux comme le chômage partiel, la Sécurité sociale, la prise en charge des arrêts maladie. Parfois les conditions élémentaires d’hygiène manquent : accès à l’eau potable, produits pour se laver les mains, etc. Nous avons même connaissance de cas où des hôtels sont transformés en centres de quarantaine improvisés, exposant au virus les travailleurs qui ne sont pas protégés.